Julie Navarro est une artiste plasticienne qui travaille entre Paris et la Creuse. Elle développe, à travers ses peintures, sculptures et performances, un travail sur la perception du vivant, la matérialité́́ des flux, et le cœur battant de la lumière. Comme le résume Mariane de Douhet, critique d’art (2022): "l’art de Julie Navarro est spectral en un double sens, en ce qu’il disperse les pigments, en capture, avec une grâce d’oiseau, le rayonnement mobile, ouvert à la disparition ; parce qu’il est à l’affût des présences fantômes, des ombres et des empreintes. Ses œuvres nous enjoignent à accentuer le pouvoir de l’œil. Le motif de l’onde y est partout : dans l’eau, dans la lumière, dans la musique et les bals que l’artiste organise ".
Sa pratique artistique est de nature contextuelle, explique Paul Ardenne (Biennale de Saint-Flour, 2021) : "Chaque projet que développe cette artiste en quête de relations "inaperçues" (Yves Michaud, philosophe) part d’une situation donnée à laquelle elle se trouve confrontée.
Sa perspective est double : ouvrir un dialogue — avec un lieu géographique, une communauté, une forme de vie sociale —, poétiser une relation ".
Ses déplacements physiques et mentaux lors des résidences artistiques y participent largement : à La Petite Escalère (Landes) et au domaine viticole de Suriane (Bouches du Rhône) en 2018, à la manufacture de porcelaine Craft-Limoges & à la marbrerie Bonnichon (2020−2021), à la Cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine (2021−22), autour du lac d’Hangzhou (Chine, 2023).
Julie Navarro expose en France et à l’étranger. Elle a été finaliste des prix COAL et Talents Contemporains (Fondation Schneider), et récemment lauréate du programme du CNAP ‘œuvre à protocole activable’ avec sa sculpture à danser SILVER BALL (2021−23).
Elle collabore avec les galeries LIUSA WANG, espace temps et la galerie Fahmy-Malinovsky à Paris.
"L’eau pénètre dans tous les trous". 2018
Encre et eau de pluie du jardin de La Petite Escalère, sur papier de riz, 37 x 35 cm
Série réalisée lors de la résidence croisée La Petite Escalère / Voyons-voir (domaine de Suriane) – Dissoudre le paysage.
[Projet finaliste de Talent Contemporain de la Fondation Francois Schneider]
Au contact de l’eau de pluie du jardin de La Petite Escalère, l’encre noire s’est déliée sur le papier de riz pour faire naître des ondes soyeuses colorées bleu marine et bois de rose, renvoyant des faisceaux de lumière dans le pli de la matière. Les formes sont primitives, sexuelles, fantomatiques. L’eau s’érige comme matrice existentielle et pénètre dans tous les trous.
La série Peaux de fleur prolonge un travail entamé en 2018 avec des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs, des enfants, des blobs – physarum polycephalum – et l’environnement floral du jardin de La Petite Escalère. Il s’inscrit dans mes réflexions sur la matérialité de la relation entre humains et non humains, ramené à un espace commun.
Dans la Parc de la Villette, lors de ma résidence à la Folie Numérique, j’ai prolongé les expériences d’hybridation en explorant les possibilités sensorielles et matérielles de deux mondes séparés par une haute palissade : d’un côté Le Jardin Passager — crée par Gilles Clément en 2000 —, et de l’autre, les attractions, manèges, et stands de foire.
"Avec la complicité des jardiniers Nicolas Boehm et Antoine Chaumeil, nous avons cueilli des fleurs aux singulières propriétés (Misère, Nigelle de damas, Millepertuis perforé, Onagre bisannuelle, Sauge sclarée, Mauve comestible, Clématite sauvage, Vipérine). Je les ai ensuite moulées avec de la gélose dans les contenants des forains (cornets de glace, et barquettes de frites…etc) tout en saupoudrant la matière aqueuse de paillettes silver. Les chaleurs de l’été se sont chargées d’évaporer l’eau — les matières ont fusionné — pour faire surgir de nouvelles textures diaphanes, mues et métamorphoses. Elles interrogent la valeur de la matière fusionnée et la fragilité de la relation."